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09 Dec

Mais oui, mais oui ! C'est vendredi !

Publié par Ma.L  - Catégories :  #Le Trophée Anonym'Us

 

 

Ah ce soir, z'avez vu, je fais un effort, et je vous livre la quatorzième nouvelle du Trophée Anonym'Us, certes en retard, mais pas d'une journée, juste une petite heure ! 

Régalez-vous avec "La place du Tueur" ! 

 

LA PLACE DU TUEUR


LUNDI

La routine grignote déjà le capital des fêtes de fin d’année.

Adieu guirlandes et cotillons. Bonjour le stress.

L’hiver s’épanche en flocons paresseux. La cohorte des passagers se rue sur le quai de gare en une masse compacte. L’immuable rituel matinal entraîne invectives et bousculades auxquelles Oriane ne prête qu’une attention distraite. Détachée de la foule, elle feuillette son carnet de notes comme on entame un long voyage. Les idées jetées pêle-mêle mènent-elles quelque part ?

Une bourrasque éparpille ses pensées confuses. Le train pointe le bout de son museau métallique. Destination Paris, capitale de lumière. Et de misère.

Oriane laisse une dizaine de petits bonshommes emmitouflés s’engouffrer dans le wagon. Attaché-case et parapluies se disputent l’espace disponible. Elle force le passage. Comme chaque matin. Elle s’attarde sur les mines attristées par des récits de voyage conjugués en dépit de retours. La féérie de Noël s’éloigne déjà sous le brouillard des jours sombres.

Oriane observe les gens, tire ses fantasmes à la source du vivier humain. Les imperfections façonnent la muse d’un auteur en devenir. Elle y croit dur comme fer, à son rêve…

Le train prend de l’allure, met en perpétuel mouvement le paysage bétonné défilant derrière les lucarnes sales. Oriane dévisage son reflet sur les vitres du rail. Elle se fond à la horde de zombies en arrière-plan, avec la même absence dans le regard, les mêmes gestes articulés par habitude, la même existence robotisée. Et un but commun : atteindre son lieu de travail sans dommage ni intérêt.

Elle entrevoit mentalement la somme inscrite au bas de sa fiche de paie. Maudit le salaire misérable qu’elle dilapidera au gré de ses pérégrinations en librairie. S’évader par procuration, diluer un morne quotidien à l’ivresse des mots, c’est tout ce qui lui reste. Nourrir un plaisir indécent à côtoyer des journées remplies de petits riens. Et soudain, voir briller une étincelle au bout du tunnel. Le fol espoir de trouver l’inspiration sur des visages inconnus croisés dans l’abondance d’effluves acides, se délecter des situations sordides animant les passagers tels des pantins.

Alors elle crayonne. Rature. Retranscrit…

Ses ressentis, ses craintes, sa lassitude. Compose avec ce théâtre à taille humaine revisité quotidiennement.

Le temps n’a soudain plus de prise, lui qui s’accroche pourtant si souvent à la monotonie.

Une voix enregistrée annonce la prochaine station. La sienne ! L’alarme hurle tandis qu’Oriane s’épuise à repousser les retardataires qui la bousculent pour prendre sa place. Elle s’éjecte entre deux portes, au risque d’y perdre un bras ; fait volte-face, mâchoires serrées sur un flot d’injures.

Le train redémarre dans un fracas assourdissant.

C’est alors qu’elle l’entraperçoit…


 

MARDI

Le train accuse vingt minutes de retard.

Colis suspect en ligne de mire. Fausse alerte. On s’agglutine. On soupire, exaspéré. On redémarre. On rumine déjà de plates excuses adressées à un patron conservant en permanence le doigt posé sur la touche eject.

Oriane scrute l’entourage asocial, se fond dans l’agitation d’une foule nerveuse pour entamer le chapitre de sa journée.

Un homme plaque son corps massif contre le sien. Un courant électrique lui transperce le dos. L’odeur entêtante d’un parfum bon marché flotte sur ses épaules rentrées. Oriane déplie lentement son bras et décoche un coup de coude au niveau du plexus de l’inconnu. Réflexe défensif efficace. Autour d’elle, un nouvel espace se crée. Un espace de créativité ouvert sur les abîmes inscrits en filigrane de ses envies : l’intention d’explorer la noirceur à travers l’écriture de romans policiers. Un rêve osé. Alors elle ose.

Elle scrute les visages, pour oublier le sien.

Décortique leurs mimiques et leur invente une vie, pour oublier la sienne.

Détaille mentalement les costumes de ces humains taillés en portemanteaux...

 

Et comme toujours, pour la suite c'est sur le blog du Trophée !

http://trophee-anonymus.blogspot.fr/2016/12/nouvelle-n14-la-place-du-tueur.html?spref=fb

 

 

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À propos

Chroniques littéraires sans prétention et des infos sur mon roman, les salons littéraires de ma région (et plus), mes prochains romans